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Transcender les partis, par Julien Jeanneney



Après une baisse brutale de la côte de popularité du Président de la République dans les sondages, un "appel républicain" a été publié dans le magazine Marianne pour critiquer plusieurs dérives patentes du régime. Les auteurs, de tous bords politiques –on y croise Chevènement et Villepin, Royal et Bayrou, Dupont-Aignan et Delanoë– se rassemblent autour de quatre valeurs à leurs yeux essentielles : un attachement au principe républicain, aux fondamentaux d'une laïcité ferme et tolérante, à l'indépendance de la presse et enfin aux grandes options qui ont guidé la politique étrangère de la France depuis cinquante ans.

L'idée d'un "front républicain" doit être saluée, dès lors que convergent ces idées, même très larges, qui sont défendues par des personnalités de différents partis. Mais l'initiative, si elle ne doit pas être sous-estimée, ne doit pas non plus être surévaluée: les intérêts d'un jour ne se pérenniseront certainement pas.

Le plus frappant dans cette affaire, c'est surtout les réactions que le texte a suscitées.

Porte-parole de l'UMP, le député Yves Jégo a ouvert le tir dans un entretien accordé au
Figaro samedi dernier, puis dans une intervention sur i>TELE. Il y critique l'initiative de Marianne, c'est son travail. Mais au lieu de moquer une alliance que d'aucuns trouveront improbable, il inscrit son propos dans deux veines parmi les moins nobles de la droite française –la peur du rouge et la dénonciation hâtive du complot– auxquelles il ajoute une démesure qui semble lui être propre. Considérant que les personnalités de gauche "veulent développer une forme de terrorisme intellectuel dans notre pays", puis, à propos des magazines qui rendent compte de la vie privée du président, affirmant que "c'est plus que du harcèlement, c'est une forme de complot politico-financier qui ne s'appuie sur aucune justification rationnelle", il finit par déclarer tout de go à la télévision: "on revient aux méthodes staliniennes".

Un peu plus tard, le même jour, dans une réunion publique du IVe arrondissement de Paris, Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, a voulu aller un peu plus loin. Passant d'un bord à l'autre, du stalinisme à l'extrême droite, il n'a pas hésité à parler d'un "vent de folie qui respire les années trente avec ce que cela a de plus nauséabond", avant de comparer Nicolas Sarkozy à Jean Zay, le ministre de l'Education nationale du Front populaire qui fut assassiné par la milice.

En une période où chacun répète que les différences s'estompent entre la droite et la gauche, le porte-parole du parti majoritaire et un ministre de la République redonnent du sens à l'engagement politique. Leur sens aigu des références historiques devrait fédérer à lui seul un panel encore plus hétéroclite de personnalités autour d'un objectif commun qui transcenderait partis et courants: la lutte contre la bêtise en politique.


Julien Jeanneney

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